Outil de travail, l’aviation d’affaires innove souvent dans l’implémentation des nouveautés technologiques, y compris dans le domaine en croissance de l’aviation décarbonée. Une nouvelle étude confirme que cette approche technologique correspond aux attentes des Suisses.
Depuis les années 1970, l’aviation d’affaires joue un rôle d’avant-garde dans l’innovation aéronautique: winglets, matériaux composites, heads-up display sont autant de technologies passées du business jet à l’aviation commerciale, puis au quotidien des passagers.
La récente enquête «Aviation suisse» de Sotomo, publiée en avril 2026 pour Aviationsuisse, vient renforcer ce positionnement. La population suisse plébiscite massivement les leviers technologiques pour réduire les émissions, ce qui correspond précisément aux feuilles de route portées par le secteur de l’aviation d’affaires depuis plus d’une décennie.
Trois chiffres résument l’élan populaire en faveur des innovations. 77% des personnes interrogées jugent les avions plus efficients comme une mesure «particulièrement efficace» pour réduire les émissions. 71 % accordent la même confiance aux carburants durables – les SAF (Sustainable Aviation Fuels), au cœur de la décarbonation aérienne. À l’inverse, la compensation carbone (18 %) et l’échange de quotas d’émission (3 %) recueillent une adhésion bien plus modérée.
Pour l’aviation d’affaires suisse, qui s’est alignée dès 2009 avec le Business Aviation Commitment on Climate Change (BACCC) en Europe, ces résultats confirment la pertinence du cap fixé: croissance neutre en carbone depuis 2020, 2 % d’amélioration d’efficience énergétique par an, et trajectoire conforme aux objectifs Net Zéro 2050 portés par l’IATA pour l’ensemble du domaine aérien.
Un point d’alerte
L’AGAA se réjouit de ces résultats qui s’alignent bien avec les engagements de l’association et de ses membres, dont 90% prévoient de compenser intégralement leurs émissions d’ici 2030.
L’étude Sotomo dévoile néanmoins un point d’alerte: les efforts climatiques déployés jusqu’à présent ne sont apparemment pas connus de la population ou sont perçus comme insuffisants. Pour l’aviation d’affaires, qui investit pourtant dans des solutions concrètes – flotte renouvelée, accès aux SAF, motorisations électriques ou hydrogène à plus long terme – ce déficit de notoriété constitue un appel à amplifier la communication factuelle.
L’enquête révèle aussi une réelle disposition à financer l’innovation. 74% des Suisses se déclarent prêts à payer un supplément faible à modéré sur leur billet pour soutenir des innovations respectueuses du climat dans le transport aérien, sans pour autant vouloir payer de taxes obligatoires sur les billets, car le rapport observe que les taxes ne réduisent pas les émissions, elles les déplacent. Sur ce point, 71% des personnes interrogées considèrent que les taxes sur le CO2 pour les voyages en avion ne sont pas efficaces pour compenser les dommages climatiques. En cas de supplément sur le prix du billet, lorsque les sondés sont invités à choisir l’affectation des fonds prélevés sur les billets, deux destinations sortent du lot: 51% souhaitent qu’ils soient investis dans des carburants respectueux du climat (SAF), et 47% dans l’innovation aéronautique.
Pour Genève, la lecture est limpide: l’aviation d’affaires demeure le terrain d’expérimentation idéal des nouvelles technologies, en cohérence avec la demande citoyenne. Reste à orchestrer l’arrivée des SAF en quantité et à des prix compétitifs: production, demande et distribution restent à structurer en Europe. À Genève, la montée en puissance du SAF dépendra autant des choix industriels et commerciaux que des conditions-cadres réglementaires.
Sources: étude « Aviation suisse », Sotomo pour Aviationsuisse, avril 2026. Feuilles de route sectorielles: IATA Fly Net Zero, EBAA — BACCC.
Photo: © Genève Aéroport